ecriture

Jeudi 21 août 2008

    Il ne me restait qu’a franchir le long couloir en titubant sous les tressautements du train qui se mettait en marche  sans m’affaler sur les passagers et à me jeter dans le siège qui m’était attribué en espérant qu’ il était dans le sens de la marche. M’appliquant le plus possible pour rester digne malgré ma démarche de bûcheron canadien descendant la rivière en équilibre sur un tronc d’arbre, je ne pu m’empêcher de regretter qu’un mouvement brusque du train ne me jetas dans les bras des quelques beaux gosses que je croisais le temps de mon ascension désespérée !

    Une grand-mère affairée à ranger correctement ses bagages m’obstrua le passage ! j’allais lui proposer de l’aide, autant par peur de me prendre ses bagages sur le pieds que par charité, mais je n’eût pas le temps d’ouvrir la bouche que ce fut la grand-mère elle-même qui me dégringola directement dans les bras. J’entendis éclater de rire derrière mon dos. Les rires cristallins de trois enfant de moins de 10 ans qui avaient échappé à la surveillance de leurs parents.

    Je réussit avec peine à déposer le plus délicatement possible la mamie dans son siège malgré mon manque d’équilibre et je poursuivit mon expédition ! Mon siège de seconde classe se rapprochait de moi doucement et je me jetais dedans avec reconnaissance. Evidemment il était dos à la route.

    Ma curiosité maladive me poussa rapidement à lorgner un peu autour de moi les autres passagers. J’aimais plus que tout tenter d’imaginer quelle pouvait être leurs vies et les raisons de leur voyage. Derrière moi se trouvait un jeune femme qui voyageait seule avec un bébé de quelques mois. Elle l’allaitait en fredonnant de temps à autre une douce berceuse.

c’était magnifique à regarder. Tout cet amour concentré dans le seul regarde de cette maman admirant ce qui était le plus beau à ses yeux ; sa main caressant tendrement le front poudré de duvet de l’enfant. Les petits poings serrés fort, fort et les tempes s’agitant sous l’effort de la tétée. J’en avais les larmes aux yeux d’émerveillement et de désir refoulé tant bien que mal.

    Je me concentrais ensuite sur le monsieur qui occupait le siège de l’autre côté du passage. C’était un quinquagénaire chauve qui s’était plongé dans son journal sportif dès le départ du train . Je ne vis plus que son front dégarni à moitié caché par les pages grandes ouvertes du journal jusqu’à la fin du voyage.

    Devant ce monsieur se trouvaient les enfants croisés dans le train plus tôt qui avaient retrouvés leur famille. Le père et la mère qui avaient étalé un jeu de carte sur leur tablette, les trois enfants se tenaient serrés sur les deux sièges en face d’eux.

    Devant encore se trouvaient deux femmes qui parlaient très fort. Je ne Savais laquelle des deux était assez sourde pour justifier ce manque de discrétion, mais ce que je savais c’est qu’elles auraient pu voyager aisément en première vu les noms de boutiques inscrits sur les saces en cartons qui se trouvaient rangés au dessus d’elles sur les portes bagages et posés négligemment au travers du passage, obligeant le contrôleur à faire un enjambée digne d’une danseuse de cabaret. Cela n’eût pas l’air le moins du monde de culpabiliser les deux voyageuses qui continuèrent à nous faire profiter des désagréments causés par les aboiements du  chien de la voisine du dessus de la plus jeune d’entre elles tout en tendant leurs billets au contrôleur sans le gratifier du moindre regard ni de la moindre parole malgré ses politesses.

    Je classais ces deux femmes de suite dans la catégories des « je me la joue BCBG mais je n’en suis pas » et me préparais à présenter à mon tour mon titre de transport comme un élève se préparant à passer devant un jury pour un examen d’oral décisif. Je savais que tout était parfait mais je ne pouvais m’empêcher de vérifier une dernière fois si j’avais bien composté le billet le scrutant comme l’élève ses chaussures dans l’espoir fou d’y lire gravées les réponses aux questions posées.

    Mon examen passé avec brio et le contrôleur m’ayant rendu mon billet, je me décidait enfin à m’installer confortablement et a apprécier le voyage.

    N’ayant pas à partager ma rangée de sièges je m’étais installée à la fenêtre et me mis à regarder défiler le paysage qui s’éloignait de moi à toute vitesse à travers la fenêtre encrassée du wagon.

    Le soleil brillait haut dans un ciel sans nuage d’un bleu profond presque irréel. L’atmosphère à l’extérieur se réchauffait au fur et à mesure que le train se rapprochait de la provence. Le défilé des villes laissait maintenant place à de longs paysages qui s’étendaient à perte de vue. Les champs de blés gorgés d’or étincelaient, contrastant avec le profond violet des lavandes.

    Au fond on pouvait déjà apercevoir les collines qui avaient bercé mon enfance, le maquis éclaboussé par les rayons brûlants de notre astre. Le lit qu’une rivière avait déserté depuis longtemps serpentais paresseusement à distance de la voie de chemin de fer. Des herbes folles poussaient entre les cailloux arrondis par un courant qui n’existait plus. Je n’avais pas besoin de voir avec netteté tout ce paysage et la vitesse du train ne me gênait en rien. Ce paysage, je le connaissais par cœur car la Provence était immuable, et mon cœur ému de cette rencontre toujours nouvelle et chaque fois inchangée, battait la chamade. 

    Tout était calme, tout était beau. Je devinais que derrière la fenêtre les cigales étaient en plein concert. Un chœur à l’unisson composé de milliers de petites âmes en mal d’amour. Il me semblait chaque fois que je les entendais que leur chant pouvait se répercuter à des milliers de kilomètres. L’air devait sentir bon la figue et le thym. Dans cet univers incroyable de mon enfance la chaleur semblait vouloir nous cuire la peau mais le mistral nous rafraîchissait inlassablement de ses bourrasques odorantes. Moi qui n’avait jamais vécu plus d’un été par an dans cette région, il me semblait chaque fois que je rentrais chez moi dès que je me rapprochais de mes collines.

Par delphren
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Jeudi 21 août 2008

    Puisque cela vous fait plaisir, je vais vous raconter mon histoire. Asseyez vous. Prenez le temps de vous installer confortablement car mon récit risque d’être bien long. Pardonnez moi si je l’embellis parfois, les années ont passé et je ne suis plus tout à fait sûre de la véracité de certains épisodes ! Peut-être en ai-je rêvé une partie, et je suis sûre que vous aurez bien du mal à me croire. Et pourtant l’histoire que je vais vous raconter ce soir est bien réelle.

 Bon, je suis pas hyper satisfaite de ce début!!!j'editerai ce billet un de ces jours pour faire mieux, mais comme faut se jeter à l'eau, je me jetes à l'eau!
 La suite est un peu mieux il me semble!


  

    La première chose dont je me rappelle quand j’évoque cette époque lointaine, c’est une course effrénée. Une course à en perdre l’haleine. Mes cheveux relevés en queue de cheval me fouettaient la nuque. Le vent giflait mon visage et je sentais douloureusement que mes poumons allaient exploser. J’aurais aimé m’arrêter de courir, tout laisser tomber.

    Mais je ne pouvais pas. Mes jambes semblaient vouloir se dérober sous moi à chaque foulée et je ne sais par quel miracle je tenais encore debout !J’entendais derrière moi les petites roulettes rebondir sur le pavé. Ma valise menaçait de se retourner à tout instant.

    La gare n’était plus qu’à un pâté de maison de là mais il fallait un miracle pour que le train ne ferme pas ses portes devant moi. J’entendais au loin les clacksons des taxis hurler après les automobilistes garés en double file.

    Cherchant en moi un dernier élan que je ne pensais pas avoir je redoublais de vitesse. Mon pantalon large entravait ma course. J’avais évidemment bien choisit mon jour pour le mettre, et ma chemise noire commençait à s’orner de magnifiques auréoles blanchâtres couleur déodorant. J’étais folle de penser à mon accoutrement alors que j’étais en train de tenter de battre le record du monde des voyageurs qui vont louper leur train.

 

    Je pris le virage à tout allure, j’avais l’impression de pencher comme un motard, et la gare de Perrache apparu devant moi, immense, masquant jusqu’au ciel. Un escalator semblait me tendre amoureusement les bras. Je m’y  jetais comme une âme en quête d’amour, ne me laissant pas endormir par la tentation d’attendre qu’il ne me monte à l’étage sans effort ! escaladant chaque marche deux à deux, ma valise semblant s’envoler derrière moi et mon sac à dos glissant sur mes épaules, le sortis mon billet de ma poche en priant que le premier composteur à ma portée fonctionne. Ouf ce fut le cas.

 Ce coup de chance inespéré me redonna l’espoir d’arriver à temps sur le quai et je me précipitais telle une fugitive en pleine chasse à l’homme dans le hall de gare. Je m’imaginais les chiens flairant ma piste et les policiers armés me cherchant de leurs jumelles à infra rouge dans la nuit noire et glacée par la pluie. Je me figurait que chaque voyageur en station qui empêchaient ma progression étaient les arbres  lugubres et terrifiants qui avaient hantés mon enfance suite à la sortie au cinéma de blanche neige.

    Dans mon délire j’entendais craquer les branches mortes sous mes pas. Je devais courir le plus vite possible ou mourir. J’apercevait au loin un gros arbre allongé sur le sol, peut-être un séquoia perdu dans la forêt amazonienne et je savais que je serais abritée dans le trou béant au centre du tronc.

    Je franchis les derniers mètres qui me séparaient de l’arbre providentiel d’un seul bond, ou plutôt d’un envol, et les lourdes portes du train se refermèrent derrière moi. J’étais sauvée.

Par delphren
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